Accueil Spectacles Mike Carley (The Rogues) MIKE CARLEY - Le 30 mai 2008 à la Boule Noire
MIKE CARLEY - Le 30 mai 2008 à la Boule Noire PDF Imprimer Envoyer


Mike Carley nous ouvre sa porte et nous raconte son dernier disque, "Happy ?", avec sa fraîcheur et ses humeurs en vue d'un 12ème Happy Only French Festival, le 30 mai 2008.

 


 

Interview mike pour only french in french !

Interview fait par ecrit pour Les-Enchanteurs music pour les curieux


Les-Enchanteurs music : Mike, Vivre en France pour un artiste anglais, n'est-ce pas antinomique ?


Je rectifie : artiste écossais, éventuellement britannique ! Je me sens plutôt européen. En terme de nationalité, je suis britannique. J'aurai pu être naturalisé puisque je suis arrivé en France à 11 ans, mais je ne me voyais pas faire le service militaire – déjà que je trouvais que l'école était une prison ! Mon parcours artistique s'est fait en France, donc je pourrais presque prétendre être un artiste français. "Oui, monsieur!"


LE-music : N'est-ce pas compliqué de chanter dans les 2 langues dans ce monde d'étiquette ?


C'est surtout compliqué de chanter, voir d'écrire, en français ! Je ne me suis jamais préoccupé des étiquettes, d'ailleurs je ne porte pas de marques ! Je trouve que la France a un léger problème avec sa langue maternelle. C'est un sujet délicat et les Français sont assez susceptibles à ce propos.

L'Angleterre s'est bâtie un empire grace au commerce. Cela s'est fait avec beaucoup de cynisme et de cruauté, mais avec aussi une vision pragmatique. Leur arme principale n'était pas la culture ou la langue, contrairement à la France. La France a détruit ses langues régionales, l'Angleterre les a laissés mourir ! Pour moi l'histoire de la langue, c'est un peu un faux débat franco-français.

Je chante dans la langue qui me convient le mieux pour exprimer certains sentiments. Effectivement, souvent l'anglais s'y colle mieux parce qu'il se prête mieux au chant et parce qu'on n'est pas obligé de mettre le mot juste au bon endroit. La syntaxe étant plus souple, les mots peuvent aller à plusieurs endroits d'une phrase et permettent parfois d'être plus en contact direct avec ses émotions.

Rachid Taha chante très bien dans deux langues !


LE-music : Ton parcours mentionne "guitariste du groupe les Têtes Raides". As-tu gardé des contacts avec eux ?


J'ai quitté les Têtes Raides il y a plus de 15 ans, mais nous avons passés 3 ans sur la route à 8 ou 9 dans un C25 : ça crée des liens. Je suis parti un peu fâché, mais c'est un peu comme dans une famille, même si on s'est brouillé, on fait parti de la même fratrie! Je m'entends très bien individuellement avec eux, mais vu qu'on ne se voit que quand ils sont en tournée, finalement on se voit peu. Ils ont quand même produit mon CD, donc on s'entend pas si mal !


LE-music : D'ailleurs, ton dernier CD s'appelle "Happy ?". Est-ce une référence à Tex Avery ?


C'est peut-être un peu Tex Avery si tu te réfères à Droopy avec ses grands yeux tristes, mais le titre de l'album est venu de la chanson "Be Happy !" qui parle de l'injonction d'être heureux. C'est vital, car ce serait insupportable de vivre dans ce monde, où l'on meurt de faim et où l'on dort dans le froid pendant que d'autres vivent dans une suffisance grotesque ! Je me flinguerais sans ma capacité au bonheur. D'autre part, on arbore souvent un sourire de circonstance, et celui qui se permet d'afficher une mine morose est sommé d'arrêter de plomber la fausse bonne ambiance !

Enfin, je trouve que le bonheur, c'est pas si simple que ça, et le titre "Happy ?" reflète cela. Ou encore est-ce que ça ne fait que refléter mon état maniaco-dépressif ? Si c'est le cas, le monde est fou, alors je ne vois pas en quoi moi je ne le serais pas ?


LE-music : Comment a-t-il été enregistré ?


Ce disque a été enregistré dans un home studio amélioré chez Jim Rowe. En fait, le disque a été produit par Mon Slip (label créé par les Têtes Raides) et ils auraient voulu que je fasse l'enregistrement dans un studio réputé. J'ai préféré prendre l'argent et prendre mon temps, je ne le regrette nullement.

Frank et Brad (batterie et contrebasse) sont venus sur 8 jours, et Noel (bouzouki) et Eric (sax, piano) sont venus sur 3 jours pendant cette période. J'avais déja préparé des prises témoins et des ajouts synthés et machines auparavant. Finalement, certains morceaux sont faits de manière traditionelle. Avant les avancées technologiques, tout se faisait live et enquelques jours, avec des résultats fabuleux ! Parfois c'est du pure live en une prise. L'important était de réussir les morceaux !

Pour anecdote, le dernier jour de studio, il restait pas mal de choses à faire. Frank et Brad, en pros de studio, ont voulu qu'on pose basse batterie pour la chanson "Be Happy", mais pour moi si il n'y avait qu'une chanson live, c'était celle là avec ses variations d'ambiance et d'intensité. Après plusieurs heures, Eric s'est retiré du piano. Frank ne connaissait pas le morceau le matin même, et il fallait le faire vivre comme si on le jouait depuis toujours ! A chaque fois, ça merdait quelque part. Je n'avais toujours pas LA bonne prise pour assoir le reste dessus. Finalement, on avait installé tout le monde, sauf la batterie, dans le jardin parce que la batteuse repissait trop dans les micros.


A la dernière prise, j'ai dis quelque chose dans le micro du genre: "ouais, là, faut tout donner, il faut se foutre à poil". Je lève les yeux et je vois Franck qui sort dehors à poil, je me retourne et Brad était déjà à poil, j'avais pas le choix...


C'était la bonne, le morceau faisait plus de 8 minutes ! On l'a gardé en entier et Eric et son piano s'y sont introduits au milieu du morceau (sur le CD, on m'entend appeller Eric, sauf que le piano n'était pas branché : il a fallu qu'on meuble le temps que Jim rebranche le piano).

En tout, j'ai dû faire 2 mois de studio avec Jim et 3 jours au studio de la Seine à Paris. A ce moment là, je me suis rendu compte de l'importance du réalisateur. Il m'a fallu l'apport d'oreilles exterieurs pour pouvoir me laisser aller ! Après un trou de 6 mois, l'album a été mixé par Jean Lamoot et je ne suis intervenu que sur la fin. Il a fait un super boulot. Encore 6 mois et l'album a été masterisé chez Sterling Sound par Chris Evans, à New York. En fait ça s'est fait par le net, je n'ai pas eu droit a un aller-retour pour New-York et au final c'était beaucoup moins cher qu'en France !


LE-music : On sent de la tristesse dans tes chansons... Peux-tu nous en dire plus ?


Non! C'est comme ça! Et naah! Il y a quelques envolées joyeuses dans le CD. Peut-être pour l'équilibrer, afin qu'il corresponde à l'équation Happy ? = Yin Yang. J'aurais pu écrire un ou deux morceaux joyeux de plus. Je suis un peu excessif, peut-être même un peu bi-polaire, je vis le bonheur à fond, mais aussi la tristesse. Peut-être qu'on a plus envie d'écrire quand on est seul avec soi-même, un verre de whisky ou un spliff. Quand on s'amuse, on s'amuse et on n'a pas forcément envie de s'arrêter pour le coucher sur papier !

Ceci dit, en concert, j'équilibre un peu les choses en incluant des morceaux instrumentaux à danser et des reprises de chansons que j'aime et qui font bouger.

En Écosse, lors des veillées, les gens chantent à tour de rôle. Parfois, c'est des chansons à faire pleurer, et parfois, c'est des chansons à boire et faire la fête ! Il faut de tout !


LE-music : Pour Only French, un bouzouki va t'accompagner. Pourquoi un tel instrument ?


Je joue avec Noël depuis plus de 10 ans et nous étions les 2 membres fixes du groupe "the Diggers". Comme on se connait musicalement super bien, il nous suffit d'un hochement de tête pour indiquer un changement ou pour rallonger un chorus de bouzouki, ce qui donne pas mal de liberté. Donc c'est plutôt le gars que l'instrument, quoique je trouve que les sons des deux instruments se complètent très bien. De plus, dans la musique traditionnelle irlandaise, le bouzouki est plutôt rythmique, mais Noël s'en sert comme instrument mélodique, comme font les grecs qui l'ont inventé, il me semble. J'aurais aimé venir avec tous les musiciens présents sur mon disque, ce sera peut-être pour une prochaine fois !


LE-music : Toi aussi tu possèdes un site MySpace. Qu'en penses-tu ?


Ouaip.. www.myspace.com/mikecarley. Je suis membre depuis septembre mais je m'en occupe sérieusement que depuis 1 mois et demi. Il faut y passer beaucoup de temps au départ pour se monter une espèce de réseau, mais j'ai été assez sélectif en choisissant mes amis et je privilégie pas mal les commentaires, je m'intéresse aux autres artistes !

Myspace est un outil très fonctionnel et ergonomique. Ca appartient à un gros con, mais chacun en fait un peu ce qu'il veut avec. Myspace est pour moi un outil promotionnel gratuit qui sert à faire circuler mon nom et ma musique, mais aussi je dialogue de plus en plus avec des gens du monde entier, et du coup je me sens moins isolé !


LE-music : Que dire à nos lecteurs pour les faire venir au festival Only French ?


Bougez vous le cul ! Non, franchement, faites ce que vous voulez, je ne connais pas encore le reste de la programmation, mais je fais entière confiance à l'équipe d'Only French et je sais qu'il nous concocterons quelque chose de super !


La Rédaction - 14 avril 2008